C’est en 2004 que paraît chez Gallimard :
50 dessins pour assassiner la magie d’Antonin Artaud
À ce texte inédit écrit à la fin de sa vie, en 1948, répondent certains dessins, extraits de ses cahiers réalisés à la clinique d’Ivry-sur-Seine lors de cette même période (ou peu avant). Pour Antonin Artaud, ses dessins ne sont pas des dessins et dessiner ce n’est pas dessiner.
Comme l’éclaire subtilement Évelyne Grossman dans la préface de l’ouvrage :
« Dans une note de février 1947, il indiquera : Le but de toutes ces figures dessinées et coloriées était un exorcisme de malédiction, une vitupération corporelle contre les obligations de la forme spatiale, de la perspective, de la mesure, de l’équilibre, de la dimension […]./Et les figures donc que je faisais étaient des sorts – que je brûlais avec une allumette après les avoir aussi méticuleusement dessinées.
Dessiner, on le voit, a plus d’une fois rimé pour Artaud avec assassiner. »
Maquetté sous une forme proche de la publication originelle, 50 dessins pour louer Antonin tente, le plus modestement possible, un hommage.
Pourtant.
Nul·le ne peut imiter l’immensité viscérale de l’écriture d’Antonin Artaud.
Personne ne peut approcher la singulière beauté obstinée de ses signes.
N’est pas née la personne qui dessine pareils autoportraits.
Qui d’autre peut dire de cette voix lucide égarée les abîmes de l’irréversible fracas ?
Quand.
Le langage scelle un pacte de fraternité avec le désordre, ce qui émerge entre les éclats, les salissures, les poussières, peut croiser le feu.
L’image, anagramme de magie, sonde les cieux comme un monstre redoutable faisant un sort au visible, le royaume attendu devient possible.
Si.
Les lignes s’abandonnent à ce palais de carreaux qui devient morceau d’humanité, il n’est pas question de livrer les figures en pâture.
Ici.
Il s’agit simplement de louanges écrites et dessinées.
L’expression de l’admiration par des mots, des parties de textes, des dessins croisés, brûlés, qui se confrontent.
Alors.
Lire, relire Antonin Artaud.
Écouter, réécouter Antonin Artaud.
Voir, revoir Antonin Artaud.