Interprétations de l'Hermaphrodite de Grimaldi

Fascinante Hermaphrodite de Grimaldi.
Qu’elle soit de face, de dos, de profil, elle nous questionne.

Elle traverse les millénaires, nous traverse avec un indéfectible pouvoir de mystère.
Elle est découverte dans la grotte de Baoussé Roussé ou Balzi Rossi, à la frontière franco-italienne, près de Menton, dans le hameau de Grimaldi, entre 1883 et 1895 lors de fouilles menées par Louis Alexandre Jullien. Ce dernier la nomme ainsi en raison d’une protubérance visible dans la bas du ventre.

Cette statuette représente-t-elle un homme ou une femme ?

Pour certain·e·s, cela ne fait aucun doute : il s’agit d’un être hermaphrodite avec des testicules.
Pour d’autres, c’est incontestable, ce ne peut être que la représentation d’une parturiente, au ventre rond, dont les avants-bras, indiqués par de forts reliefs, semblent tenir la tête d’un nouveau né.
D’aucun·e·s remettent même en cause la véracité de sa provenance, son authenticité.
Est-elle vraiment gravettienne ? L’archéologue aurait-il pu mentir sur son origine, estimée entre 22000 et 17000 ans avant J.-C ?

Intrigante Hermaphrodite de Grimaldi.

Qui a donc créé ces 52 millimètres de stéatite verte ?

Cette question fondamentale se pose.
Est-ce une représentation ou une auto-représentation ?
Nul·le ne peut affirmer que son façonnage émanerait à coup sûr de mains masculines.

L’hypothèse de l’autoportrait défendue, entre autres, par Marie-Jo Bonnet dans Les femmes dans l’art s’avère de plus en plus plausible.
Alors, est-elle une représentation d’une femme façonnée par elle-même ?
Le miroir d’un être doté de deux sexes ?
Une femme modelée par un homme ?
Le mystère demeure.

Subjugante Hermaphrodite de Grimaldi.
Que veut-elle nous dire ?

Cherche-t-elle à nous témoigner d’un moment spécifique, imprimé dans la roche ?
Boucle incessante de questions, ritournelles lithiques éternelles, qui ne trouveront probablement jamais réponse.
Tant ce qu’elle a à nous dire est immense.

De notre sang au sien font de merveilleux mélanges.
Transmettre, reproduire, traduire, nous nourrir, tel semble être son infini crédo.
Il pourrait exister une multitude de déclinaisons, d’interprétations de sa forme.
Comme une matrice qui nous hante depuis la nuit des temps.

Photographie de la statuette découverte à Grimaldi, extrait de l'ouvrage La femme des origines de Claudine Cohen

Série des interprétations de L’Hermaphrodite de Grimaldi visible lors de l’exposition :

Grunüt et les interprétations de l’Hermaphrodite de Grimaldi, la Déesse Gangâ et la Reine de la Nuit.

La Ville aux Roses, Châteaubriant, du 10 mars au 4 mai 2023.